Démonstration simplifiée de la nécessité d'un revenu garanti

Je défends l'idée d'un revenu inconditionnel suffisant depuis quelques années, et notamment depuis ma lecture des travaux de Baptiste Mylondo. Pour lui, le revenu garanti n'est pas qu'une mesure économique, mais doit s'accompagner de changements politiques forts, sans quoi il serait dénaturé. Par exemple, plafonnement des salaires, gratuité des transports en commun, ré-évaluation de la gestion des travaux pénibles, etc. Je vous invite à lire le livre Un revenu pour tous ! : Précis d'utopie réaliste ou à visionner son intervention pendant les Expériences Politiques 2016 sur le rapport entre revenu suffisant et démocratie.

J'aimerais proposer une démonstration de la nécessité d'un tel revenu. Rien de très nouveau pour qui s'intéresse au sujet, mais ce sera fait avec mes propres mots. Cette démonstration s'appuie sur le contexte d'une société basée sur la monnaie et ayant pour objectif le progrès.


Le « progrès » dans une société humaine est la recherche de la diminution de la pénibilité de la vie. Cela implique une meilleure santé, un meilleur accès aux loisirs, à la culture, mais également, et notamment, la diminution de la charge de travail requise par individu de ladite société. Historiquement, les sociétés humaines ont quasiment toujours œuvré à la recherche du progrès. Et cela a plutôt bien fonctionné ! La vie humaine est aujourd'hui bien moins pénible qu'elle ne l'était il y a 50, 100 ou 1000 ans.

Conséquence fortuite du progrès, pour assumer aujourd'hui les besoins primaires d'une population donnée, seule une petite partie de cette population doit travailler. Pour que l'on puisse aujourd'hui se nourrir, se loger, s'habiller, se laver et se soigner de manière satisfaisante, seul le travail d'une partie restreinte de la population est nécessaire.

Le « plein emploi », qui cherche à ce que chaque individu actif d'une société exerce un emploi rémunéré, est donc en contradiction avec la notion de progrès. Si le progrès implique une diminution du travail nécessaire à la survie d'une société, alors mécaniquement le nombre d'emplois est amené à diminuer. Il est possible que ce nombre tende vers zéro.

Une société qui cherche à cumuler plein emploi et progrès est donc en plein paradoxe. Elle est tiraillée entre la maximisation du nombre d'emplois qu'elle génère et la diminution de la somme de travail nécessaire au bien-être de sa population. Elle se retrouve donc à multiplier les emplois inutiles (« bullshit jobs »), à refuser le progrès technique dans certaines branches, à promouvoir la pauvreté pour se justifier, tout en améliorant les conditions de vie d'une partie de sa population. Le niveau de vie moyen d'une telle population est tiré vers le haut, mais pas à la même vitesse, les inégalités entre classes pauvres et classes riches augmentant rapidement.

Cette société, dans son impossibilité de continuer la recherche du progrès, se concentre à la place sur la recherche de l'innovation1. La différence est subtile mais primordiale : l'innovation n'a pour but que de faire du neuf, quelles qu'en soient les conséquences, quel qu'en soit le prix. Les finalités sont très différentes de celles du progrès.

Une société qui cherche à cumuler plein emploi et progrès est en plein paradoxe.

Pour qu'une société embrasse pleinement la recherche du progrès, il est nécessaire qu'elle abandonne l'objectif du plein emploi. Or, dans une société basée sur la monnaie, l'emploi est le moyen quasi-exclusif d'accès au revenu, et donc à la « vie ». Il faut en conséquence, pour atteindre une société du progrès, décorréler le revenu de l'emploi.

Pour cela, il existe plusieurs propositions de solutions, dont le revenu inconditionnel et le salaire à vie. Voici quelques liens pour approfondir ces sujets.


Et voici la recommandation lecture associée à ce billet, le livre susmentionné.

« Un revenu pour tous ! : Précis d'utopie réaliste » de Baptiste Mylondo

Paru en juin 2010 aux éditions Utopia
Disponible en format PDF (gratuitement) ou papier

Couverture du livre Un revenu pour tous !

Crédits photo bannière : CC-BY Steven Depolo (source)

  1. Sur la différence entre progrès et innovation, voir le travail de Gérald Bronner et Étienne Klein : leur rapport sur la perception des risques et leur intervention dans La tête au carré sur France Inter en septembre 2016.